Un petit brin d’histoire …et beaucoup de reconnaissance

Ce texte est largement inspiré de l’allocution faite par René Vogel à l’occasion du 75ème  anniversaire de la construction du temple, le 1er avril 2012. Qu’il soit ici remercié pour son travail d’historien plein de finesse.

 

Connaissez-vous l’histoire de notre paroisse ? On dit que celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va. Fort de cet adage, voici quelques points de repère pour en savoir un peu plus sur l’histoire de notre paroisse. Ceux qui l’ont fondée il y a 160 ans seraient bien étonnés de lire ce qu’est devenu leur timide début. 

 

L’arrivée de protestants en terres fribourgeoises catholiques a été favorisée par la naissance de l’Etat fédéral et sa Constitution, en 1848, juste après la guerre-éclair du Sonderbund et l’expulsion des Jésuites.

 

C’est d’ailleurs à cette époque que naissent des sociétés de secours aux protestants disséminés. En été 1853, celle de Neuchâtel envoie à Estavayer le pasteur Alphonse Petitpierre, de St-Aubin (NE), qui rapporte : « Il y a à Estavayer, Morrens et Font quelques 140 protestants chez lesquels circule une adresse [c’est-à-dire une lettre] au Comité de Neuchâtel, qu’ils sont en train de signer, et où ils demandent un pasteur ». En décembre ils se constituent en communauté, officiellement reconnue peu après. Le culte réformé est inauguré début 1854, dans la chapelle actuelle de l’Hôpital. Des pasteurs invités viennent prêcher à tour de rôle, en français et en allemand. En effet, si les nouveaux-venus de la ville sont majoritairement francophones, ceux des campagnes sont plutôt de langue allemande. D’ailleurs, la pratique d’un culte par mois en allemand se maintiendra jusqu’en 1979.

 

Comme on rechigne à confier les enfants à l’Ecole publique, par trop marquée par le catholicisme de l’époque, on se démène pour ouvrir une Ecole protestante. L’instituteur et sa famille deviennent ainsi un point de ralliement pour les membres de l’Eglise. Fin 1857, une école s’ouvre avec 27 élèves. Elle grandit rapidement au point de nécessiter la construction du bâtiment qui abrite aujourd’hui encore la salle du Midi.

 

Ce n’est qu’en 1878 qu’est nommé le premier pasteur titulaire. Quinze ans plus tard commence le long ministère du pasteur Auguste Monnerat. Cette période est marquée par les années troublées entourant la 1ère guerre mondiale. Comme Estavayer ne s’ouvre pas à l’industrialisation, le nombre de paroissiens adultes stagne autour des 300. Le ministère du pasteur Monnerat s’arrêtera brusquement par son décès en chaire lors du culte de Vendredi-Saint 1928. 

 

En 1932, la chapelle, témoin de cet événement mémorable, est centenaire et aurait grand besoin de rénovation, tout comme l’orgue et le chauffage. Une lettre est envoyée pour demander de l’aide aux sociétés des protestants disséminés. Après avoir considéré la situation, il est finalement décidé de construire un temple tout neuf. C’est un grand pas de foi pour toute la communauté. Les travaux débutent le 13 août 1936 et les cloches sont installées le 6 avril 1937. Les enfants qui enrichissent la cérémonie de leurs chants ont grande joie à tirer à la même corde, puis c’est l’émotion du 1er carillon. 

 

Au temple, paroissiens et visiteurs sont accueillis par un texte biblique : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en vérité ». Le culte de dédicace est vécu comme une grande fête et la prédication est inspirée de Matthieu 18, v. 20 : "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux". Le président de paroisse Samuel Baillod donne comme vision d'avenir que nous cherchons à être "Une église qui soit en harmonie avec la cité et avec les principes du culte évangélique. Un édifice, témoin de pierre, invitant chacun de nos fidèles non à l'orgueil confessionnel, mais au témoignage vivant de notre foi et à l'attachement à l'Eglise réformée".

 

Pendant la seconde guerre mondiale, école, temple et salle de la cure accueillent les "relèves" de soldats et des internés de toute provenance. C’est en 1941 que notre paroisse fait son entrée dans l'Eglise évangélique réformée du Canton de Fribourg (EERF). La paroisse entretient également des relations forte avec le "Foyer Gardien", une institution pour enfants de familles nécessiteuses et/ou en difficultés qui deviendra le CEP

 

En 1965, deux parcelles viennent agrandir le parc autour du temple. L’année suivante, la paroisse introduit à l’unanimité le principe de l'impôt ecclésiastique obligatoire. Puis elle s’étend et devient non seulement la paroisse de l’enclave d’Estavayer, mais aussi de toute la Broye fribourgeoise. A l’initiative des protestants de la Basse-Broye, il est décidé d’établir un culte régulier à Domdidier, dès 1972.

 

En 1976, jugeant que les tensions confessionnelles se sont amenuisées, l’école protestante cesse d’exister au profit des classes communales. 5 ans plus tard, la Société neuchâteloise de secours aux protestants disséminés se dissout, après 128 ans d'appui sans faille à Estavayer. Saurons-nous jamais assez faire preuve de reconnaissance envers l'Eglise neuchâteloise ? La paroisse est progressivement parvenue à l'autonomie dans son organisation et son financement, et raisonnablement fribourgeoise dans ses engagements au Synode et au Conseil Synodal. 

 

Puis les occasions de fêter s’enchaînent. Dès 1984 la paroisse se renforce avec l’engagement d’un diacre aux côtés du pasteur. 5 ans plus tard, la paroisse inaugure sa Maison de paroisse à Domdidier. Le nouveau lieu de rencontres et de cultes pour la Basse-Broye occupe une maison mitoyenne qu'il a fallu remodeler... de l'étable au grenier. Nombre de paroissiens ont mis la main à la pâte. L’année 1999 est marquée par la naissance du groupe gospel "Evedyah", mot signifiant “serviteur du Seigneur” en hébreu. 2001 voit l’inauguration des nouvelles orgues permettant l’agrandissement de la galerie du temple de 30 places assises. 9 ans plus tard, c’est l’inauguration du magnifique centre paroissial La Grange, projet communautaire s'il en est.

 

En guise de conclusion, nous ne pouvons qu’adresser un grand MERCI au Seigneur pour ce cadeau qu’es notre paroisse et pour tous ceux qui ont contribué à son existence : paroissiens, sacristains, fleuristes, catéchètes, concierges, organistes, instituteurs, membres des différents conseils et groupes, choristes, diacres et pasteurs. Cette petite histoire est évidemment lacunaire. Le plus important, c’est les gens : de 140 en 1853, le nombre de réformés staviacois et broyards fribourgeois passe à environ 600 vers la fin du 19ème siècle, puis à 300 en 1933, 400 en 1963, 1400 en 1978, 3'000 en l'an 2000 et 5000 aujourd'hui. Restons humbles et vigilants, faisant nôtre la question la plus souvent posée dans notre temple : "Et toi, où en es-tu dans ton cheminement avec Jésus-Christ?"

 

Pasteur Frédéric Siegenthaler

 

Ce que nous apprend cette histoire… 

  • ne méprisons pas les petits commencements
  • osons demander de l’aide pour des projets ambitieux
  • cherchons à réunir les protestants, ça en vaut la peine !
  • créons une paroisse orientée sur la vie communautaire
  • misons sur l’éducation, la formation et la convivialité
  • cherchons à agrandir patiemment et intelligemment