Estavayer-le-Lac, juin 2026
Es-tu le Messie ou devons-nous attendre quelqu’un d’autre ?
St-Exupéry a écrit l’histoire du Petit Prince. Ce garçon lassé de s’occuper de sa rose, part à la découverte d’autres mondes. Dans sa course il rencontre un renard qui lui fait comprendre que sa fleur est unique. Il ne doit rien attendre des autres fleurs, aussi nombreuses soient-elles ! Sa rose c’est celle qui partage sa vie, celle qu’il a adoptée. Le renard aura alors cette remarque admirable : On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux !
Des renards, il faut croire que Jean-Baptiste a dû en rencontrer aussi quand il était dans son désert. On ne nous dit pas qu’il a rencontré le Petit Prince. Par contre, tout comme lui, il était à la recherche de quelqu’un qui pourrait lui faire un dessin ! Non pas un mouton mais un Lion. Jean espérait rencontrer le Lion de Juda dont avaient parlé les prophéties. Et il n’a pas rencontré un aviateur mais un charpentier, Jésus de Nazareth !
Ce Jésus lui fait alors un dessin pour mieux comprendre. Jean s’attendait à un lion et Jésus lui dessine un agneau, un mouton. Jean attendait un lion rugissant. Mais Jésus s’obstine à dessiner son agneau ! L’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! Un Agneau qui se sacrifie pour sauver le monde !
Dans son désert Jean-Baptiste est occupé à vouloir réparer ce qui ne marche pas dans le peuple d’Israël en lavant par le baptême ce qui nuit à la venue de son Lion ! Il se demande alors si Jésus est bien celui qui donnerait un sens à sa vie et à son Peuple.
Et si le renard du Petit prince était venu dans le désert de Jean le Baptiste il lui aurait sûrement dit : Si tu crois dans ton cœur que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, tu seras sauvé ! Car en croyant avec le cœur on parvient à la justice et au pardon !
Seulement voilà, le Petit Prince de St-Ex a dû mourir pour repartir. Jésus,
lui aussi, a dû mourir pour accomplir la mission que le Père lui avait confiée ! Aujourd’hui si l’essentiel nous est invisible, c’est une question de cœur et de foi !
Vous voyez, comme je le ressens dans mon cœur, le Petit Prince de Saint-Exupéry, c’est le 5ème Évangile ! Bon début d’été ! Amour ! Amour !
Pierre-André Schütz
Estavayer-le-Lac, mai 2026
Sortons de nos tombeaux !
Le tombeau du Christ est vide ! Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !
Mais Lazare en passant de la mort à la vie, nous montre que nous aussi nous sommes parfois entravé·es par des bandelettes. Mais Dieu nous délie pour nous rendre parfaitement libres !
Viens dehors ! Sois vivant ! Jésus me le dit (même avec l’accent fribourgeois !) tous les jours ! Si nous le voulons, pour nous aussi c’est Pâques ! Pas seulement pour la mort physique de nos tombeaux de demain ouverts à la suite du Christ ! Il nous parle de notre fin, oui, mais il nous parle aussi d’aujourd’hui ! Notre tombeau ce n’est pas seulement l’endroit de la fin de notre vie, c’est aussi tous les lieux de notre existence dont nous ne parvenons pas à sortir et où nous restons replié·es sur nous-mêmes et sur nos problèmes.
Ce ne sont pas des lieux d’épreuve où Dieu nous testerait pour voir si nous tenons bon, non ! D’ailleurs Jésus pleure sur la mort de son ami et sur la tristesse de ceux et celles qui l’ont aimé ! Non ! Jésus ne nous veut pas mort·es, moribond·es, il nous veut vivant·es, plein·es de vie ! Bien sûr il y a des moments noirs dans notre vie et parfois nous parvenons à distinguer, au loin, des lueurs d’espoir, mais cela, ce n’est pas être libre ! Nous avons besoin de celui qui est la lumière du monde pour discerner les lumières vives au cœur de la nuit !
Viens dehors ! nous dit Jésus. Et pour sortir de nos tombeaux il faut prendre conscience que nous sommes souvent dans la nuit.
Et pour cela nous avons aussi besoin des autres, celles et ceux qui nous aiment et qui nous aident à sortir. Comme Lazare, nous avons besoin d’être délié·es pour retrouver la vie. C’est pour cela que j’aime entendre ce texte après Pâques, préfiguration de ce qui nous attend dans la maison du Père, et du Royaume qui est déjà au milieu de nous !
Qu’est-ce qui est rabougri dans ma vie ? Quelles sont les dérives et les addictions que j’ai pu développer face à mon chemin de vie et qui m’enchaînent comme des bandelettes ? Quelles sont mes ornières où je m’enlise en oubliant les autres et en « crevant » de solitude ? Que Jésus Ressuscité nous aide à sortir et à cheminer avec nos sœurs et nos frères en humanité pour être à notre tour lumière du monde et fleurir là où Dieu nous a semé·es !
Pierre-André Schütz
Méditation pour l’Assemblée de paroisse du 5 mai 2026
Tout commence avec une émission d'actualité.
Je m'énerve tout seul, je me mets à traiter certains protagonistes de stupides, et je repense à la citation d'Einstein – vous connaissez sûrement :
« Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. »
Alors là, je ne vais pas remettre la citation d'Einstein en question. J'aime bien ce genre de phrases qui ont vraiment tout leur sens. Mais je trouve que, pour le coup, Einstein devait traverser un petit moment dépressif s'il est vrai qu'il a dit ça…
Je m'explique.
L'actualité que je regardais, c'est celle de la guerre… vous pouvez penser à celle que vous voulez, il y en a quelques-unes… et finalement on a le même problème à chaque fois : la stupidité humaine est infinie, je suis d'accord.
Mais les ressources que la stupidité utilise, elles, ne sont pas illimitées.
Combien ça coûte, en armes, en vies humaines ? Et comment ça marche stratégiquement ?
On comprend assez facilement que la production d'armement est bien plus lente que l'utilisation de ces armements.
Alors pour eux, c'est un problème. Mais on pourrait rêver que la guerre s'arrête grâce au manque de munitions… non ?
Les armes ne nourrissent que l'ego et des ambitions bien limitées.
Contrairement aux apparences, c'est quand il n'y a plus d'armes qu'on commence vraiment à négocier.
Dans ce sens, l'arme nucléaire est la plus grande des arnaques.
Lorsqu'on l'appelle « arme de dissuasion massive », refusée à certains pays, accessible à d'autres…
Bref, la stupidité de certains est sans limite.
Elle se nourrit de puissances et de bras dont les stocks peuvent s'épuiser.
Elle se nourrit elle-même puisque, en utilisant des armes, elle se produit des ennemis à plus ou moins long terme.
Avec la guerre et la violence, on entre dans des cercles vicieux bien connus.
Jusque-là, je suis d'accord avec Einstein.
Mais je trouve un peu restrictif qu'il ne trouve qu'une autre chose infinie : l'univers. C’est compréhensible : c’est sa préoccupation de physicien … mais c’est restrictif …
Parce qu'il y en a une autre, évidente, pas facile à mettre en œuvre, mais qui ne demande aucun outil, et qui produit des fruits à long terme, en nous entraînant dans un cercle vertueux.
Il s'agit de la paix.
La paix, elle, ne manque jamais de munitions. Elle ne s'épuise pas. Elle ne fabrique pas d'ennemis. Bien plus que la bêtise, elle est la seule chose vraiment inépuisable…
J'aurais tout aussi bien pu parler d'amour, mais je trouve que le mot « paix » donne une dimension plus dynamique.
Agir pour la paix, ce n'est pas ne rien faire. Ce n'est même pas entrer dans une béate attitude de contemplation.
C'est plutôt renoncer, comme je le dis de temps en temps, à toute prise de pouvoir sur les autres. C'est l'Évangile en actes.
C'est à la portée de chacun·e, même d'un enfant.
D'aucuns pourront me dire que nous ne savons pas où les guerres contre lesquelles je peste vont mener.
Peut-être que les personnes qui les ont provoquées veulent arriver à la paix – et c'est parfois le discours que j'entends, je reconnais.
Peut-être… nous verrons.
Ce dont j'ai l'impression pourtant, c'est que les intérêts en jeu dans ces conflits sont bien plus des intérêts financiers personnels, ou des questions bien humaines de pouvoir.
Nous verrons. L'avenir nous le dira.
Mais moi, je ne veux pas attendre l'avenir les bras croisés. Parce que ma foi ne m'appelle pas à subir l'histoire, mais à la semer différemment.
Et je suis heureux de faire un métier et d'appartenir à une entreprise dont le moteur est la paix, la fraternité, la cohésion de l'Église, la bonne entente entre les femmes et les hommes de ce monde, dans la foi en un Dieu qui nous a déjà offert tout ce dont nous avons besoin pour bien faire.
Les batailles ? C'est lui qui les a menées – et il y en a plein dans la Bible !
Nous, nous sommes simplement appelé·es à ne pas remettre de charbon dans le feu de la haine. À poser des actes de paix, même petits, même ridicules aux yeux du monde.
C'est ce que nous faisons chaque jour dans l'Église… même lorsque personne ne le voit.
J'en rends grâce à Dieu, au nom du Christ !!
Luc Nirina Ramoni (pasteur)
Estavayer-le-Lac, avril 2026
Sans Pâques, le christianisme n’aurait jamais quitté les synagogues juives, et les chrétiens n’auraient plus eu que leurs yeux pour pleurer au mur des lamentations, en soupirant avec les pèlerins d’Emmaüs : Nous espérions que c’était lui qui délivrerait Israël. Mais aujourd’hui la foi en la résurrection de Jésus a ouvert à toute l’humanité la route vers l’éternité.
Sans Pâques, les sentences de l’Évangile et leur saveur d’éternité n’apparaîtraient que comme le rêve de doux illuminés. Car qui oserait affirmer que les pauvres sont heureux, s’il n’y avait pas la résurrection ? Mais aujourd’hui les pauvres savent qu’ils obtiendront le Royaume de Dieu au jour de la résurrection des morts.
Sans Pâques, les lettres de Paul n’apparaîtraient que comme un bavardage pieux. Mais aujourd’hui leur nouveauté et leur modernité brûle la vieillesse du monde.
Sans Pâques, nous ne célébrerions aucune liturgie, car on ne fait pas mémoire de quelqu’un qui aurait disparu dans le néant. Mais aujourd’hui le Christ vivant est au milieu de toutes les communautés croyantes.
Sans Pâques, nous n’aurions ni le cœur ni l’énergie d’être missionnaires, car on n’annonce pas au monde en recherche d’espérance, un Messie dont la destinée se termine sur une croix. Mais aujourd’hui, la Bonne Nouvelle de la résurrection est annoncée au monde entier.
J’ai descendu dans mon jardin … J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin … gentil coquelicot Mesdames, gentils coquelicot nouveau ! (chantez-le !!!)
Mais oui, venez avec moi frères et sœurs, descendons ensemble dans ce beau jardin de Pâques ! Venez descendons ensemble dans ce beau jardin humain, jardin au premier jour de la création et jardin au premier jour de la semaine … deux jardins qui se répondent et se superposent ! Jardin de la création et jardin de la résurrection ; jardin planté à Orient, à l’origine, à l’aube de toutes les promesses et de tous les possibles ! Et jardin planté plus à l’Occident, où le soleil s’était couché sur l’ombre immense d’un juste, couché après avoir été descendu d’une croix dressée. Jardins de la vie naissante où l’homme est élevé de terre, tiré de la terre : Adam de l’Adamah, humain de l’humus et jardin de la mort, implacable cimetière, lieu où l’on se couche et où l’on retourne à la terre, humblement l’humus retourne à l’humus !
Deux jardins qui se répondent et qui se croisent. Ce sera le cœur de notre émerveillement en ce temps de Pâques :
Le jardin conçu pour la vie et qui va mener à la mort !
Jardin destiné à recueillir la mort et qui débouche sur la vie !
Pierre-André Schütz
Estavayer-le-Lac, mars 2026
Prisonnier à la barre, dit le grand inquisiteur, on vous accuse d’inciter les gens à enfreindre les lois, les traditions, les coutumes de notre sainte religion. Qu’avez-vous à dire ?
Accusé : Coupable votre honneur !
On vous accuse aussi de frayer avec les hérétiques, les prostituées, les pécheurs publics, les escroqueurs d’impôts, les conquérants coloniaux de notre pays, bref, avec les excommuniés. Qu’avez-vous à dire ?
Accusé : Coupable votre honneur !
Finalement, on vous accuse de réviser, corriger, mettre en doute les dogmes sacrés de notre foi. Qu’avez-vous à dire ?
Accusé : Coupable votre honneur !
Quel est votre nom, prisonnier ?
Jésus-Christ, votre honneur !
Et le voici en croix ! Oui, voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !
Oh mon Sauveur !
Me serais-je endormi comme tes amis la nuit où tu priais en tremblant ?
Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux veiller avec mes frères et sœurs angoissé·es.
Ne t’aurais-je plus reconnu soudain, t’aurais-je renié, de peur que l’on me traite en complice ?
Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je te reconnais dans le cœur des êtres humains.
T’aurais-je condamné comme Ponce-Pilate pour plaire à une foule fanatique ?
Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je préfère comprendre que condamner.
Sur le chemin de Golgotha aurais-je porté ta croix comme Simon de Cyrène ?
Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux soulager les fardeaux d’autrui.
En te voyant cloué là-haut sur le calvaire t’aurais-je cru sans puissance ?
Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je loue ta force d’amour manifestée sur la croix où tu t’es laissé clouer.
Amen.
Pierre-André Schütz