Méditation pour l’Assemblée de paroisse du 5 mai 2026

Tout commence avec une émission d'actualité.

Je m'énerve tout seul, je me mets à traiter certains protagonistes de stupides, et je repense à la citation d'Einstein – vous connaissez sûrement :

« Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Alors là, je ne vais pas remettre la citation d'Einstein en question. J'aime bien ce genre de phrases qui ont vraiment tout leur sens. Mais je trouve que, pour le coup, Einstein devait traverser un petit moment dépressif s'il est vrai qu'il a dit ça…

Je m'explique.

L'actualité que je regardais, c'est celle de la guerre… vous pouvez penser à celle que vous voulez, il y en a quelques-unes… et finalement on a le même problème à chaque fois : la stupidité humaine est infinie, je suis d'accord.

Mais les ressources que la stupidité utilise, elles, ne sont pas illimitées.

Combien ça coûte, en armes, en vies humaines ? Et comment ça marche stratégiquement ?

On comprend assez facilement que la production d'armement est bien plus lente que l'utilisation de ces armements.

Alors pour eux, c'est un problème. Mais on pourrait rêver que la guerre s'arrête grâce au manque de munitions… non ?

Les armes ne nourrissent que l'ego et des ambitions bien limitées.

Contrairement aux apparences, c'est quand il n'y a plus d'armes qu'on commence vraiment à négocier.

Dans ce sens, l'arme nucléaire est la plus grande des arnaques.

Lorsqu'on l'appelle « arme de dissuasion massive », refusée à certains pays, accessible à d'autres…

Bref, la stupidité de certains est sans limite.

Elle se nourrit de puissances et de bras dont les stocks peuvent s'épuiser.

Elle se nourrit elle-même puisque, en utilisant des armes, elle se produit des ennemis à plus ou moins long terme.

Avec la guerre et la violence, on entre dans des cercles vicieux bien connus.

Jusque-là, je suis d'accord avec Einstein.

Mais je trouve un peu restrictif qu'il ne trouve qu'une autre chose infinie : l'univers. C’est compréhensible : c’est sa préoccupation de physicien … mais c’est restrictif …

Parce qu'il y en a une autre, évidente, pas facile à mettre en œuvre, mais qui ne demande aucun outil, et qui produit des fruits à long terme, en nous entraînant dans un cercle vertueux.

Il s'agit de la paix.

La paix, elle, ne manque jamais de munitions. Elle ne s'épuise pas. Elle ne fabrique pas d'ennemis. Bien plus que la bêtise, elle est la seule chose vraiment inépuisable…

J'aurais tout aussi bien pu parler d'amour, mais je trouve que le mot « paix » donne une dimension plus dynamique.

Agir pour la paix, ce n'est pas ne rien faire. Ce n'est même pas entrer dans une béate attitude de contemplation.

C'est plutôt renoncer, comme je le dis de temps en temps, à toute prise de pouvoir sur les autres. C'est l'Évangile en actes.

C'est à la portée de chacun·e, même d'un enfant.

D'aucuns pourront me dire que nous ne savons pas où les guerres contre lesquelles je peste vont mener.

Peut-être que les personnes qui les ont provoquées veulent arriver à la paix – et c'est parfois le discours que j'entends, je reconnais.

Peut-être… nous verrons.

Ce dont j'ai l'impression pourtant, c'est que les intérêts en jeu dans ces conflits sont bien plus des intérêts financiers personnels, ou des questions bien humaines de pouvoir.

Nous verrons. L'avenir nous le dira.

Mais moi, je ne veux pas attendre l'avenir les bras croisés. Parce que ma foi ne m'appelle pas à subir l'histoire, mais à la semer différemment.

Et je suis heureux de faire un métier et d'appartenir à une entreprise dont le moteur est la paix, la fraternité, la cohésion de l'Église, la bonne entente entre les femmes et les hommes de ce monde, dans la foi en un Dieu qui nous a déjà offert tout ce dont nous avons besoin pour bien faire.

Les batailles ? C'est lui qui les a menées – et il y en a plein dans la Bible !

Nous, nous sommes simplement appelé·es à ne pas remettre de charbon dans le feu de la haine. À poser des actes de paix, même petits, même ridicules aux yeux du monde.

C'est ce que nous faisons chaque jour dans l'Église… même lorsque personne ne le voit.

J'en rends grâce à Dieu, au nom du Christ !!

Luc Nirina Ramoni (pasteur)

Estavayer-le-Lac, avril 2026

Sans Pâques, le christianisme n’aurait jamais quitté les synagogues juives, et les chrétiens n’auraient plus eu que leurs yeux pour pleurer au mur des lamentations, en soupirant avec les pèlerins d’Emmaüs : Nous espérions que c’était lui qui délivrerait Israël. Mais aujourd’hui la foi en la résurrection de Jésus a ouvert à toute l’humanité la route vers l’éternité.

Sans Pâques, les sentences de l’Évangile et leur saveur d’éternité n’apparaîtraient que comme le rêve de doux illuminés. Car qui oserait affirmer que les pauvres sont heureux, s’il n’y avait pas la résurrection ? Mais aujourd’hui les pauvres savent qu’ils obtiendront le Royaume de Dieu au jour de la résurrection des morts.

Sans Pâques, les lettres de Paul n’apparaîtraient que comme un bavardage pieux. Mais aujourd’hui leur nouveauté et leur modernité brûle la vieillesse du monde.

Sans Pâques, nous ne célébrerions aucune liturgie, car on ne fait pas mémoire de quelqu’un qui aurait disparu dans le néant. Mais aujourd’hui le Christ vivant est au milieu de toutes les communautés croyantes.

Sans Pâques, nous n’aurions ni le cœur ni l’énergie d’être missionnaires, car on n’annonce pas au monde en recherche d’espérance, un Messie dont la destinée se termine sur une croix. Mais aujourd’hui, la Bonne Nouvelle de la résurrection est annoncée au monde entier.

J’ai descendu dans mon jardin … J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin … gentil coquelicot Mesdames, gentils coquelicot nouveau ! (chantez-le !!!)

Mais oui, venez avec moi frères et sœurs, descendons ensemble dans ce beau jardin de Pâques ! Venez descendons ensemble dans ce beau jardin humain, jardin au premier jour de la création et jardin au premier jour de la semaine … deux jardins qui se répondent et se superposent ! Jardin de la création et jardin de la résurrection ; jardin planté à Orient, à l’origine, à l’aube de toutes les promesses et de tous les possibles ! Et jardin planté plus à l’Occident, où le soleil s’était couché sur l’ombre immense d’un juste, couché après avoir été descendu d’une croix dressée. Jardins de la vie naissante où l’homme est élevé de terre, tiré de la terre : Adam de l’Adamah, humain de l’humus et jardin de la mort, implacable cimetière, lieu où l’on se couche et où l’on retourne à la terre, humblement l’humus retourne à l’humus !

Deux jardins qui se répondent et qui se croisent. Ce sera le cœur de notre émerveillement en ce temps de Pâques :

  • Le jardin conçu pour la vie et qui va mener à la mort !

  • Jardin destiné à recueillir la mort et qui débouche sur la vie !

    Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, mars 2026

Prisonnier à la barre, dit le grand inquisiteur, on vous accuse d’inciter les gens à enfreindre les lois, les traditions, les coutumes de notre sainte religion. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

On vous accuse aussi de frayer avec les hérétiques, les prostituées, les pécheurs publics, les escroqueurs d’impôts, les conquérants coloniaux de notre pays, bref, avec les excommuniés. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

Finalement, on vous accuse de réviser, corriger, mettre en doute les dogmes sacrés de notre foi. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

Quel est votre nom, prisonnier ?

Jésus-Christ, votre honneur !

Et le voici en croix ! Oui, voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !


Oh mon Sauveur !

Me serais-je endormi comme tes amis la nuit où tu priais en tremblant ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux veiller avec mes frères et sœurs angoissé·es.

Ne t’aurais-je plus reconnu soudain, t’aurais-je renié, de peur que l’on me traite en complice ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je te reconnais dans le cœur des êtres humains.

T’aurais-je condamné comme Ponce-Pilate pour plaire à une foule fanatique ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je préfère comprendre que condamner.

Sur le chemin de Golgotha aurais-je porté ta croix comme Simon de Cyrène ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux soulager les fardeaux d’autrui.

En te voyant cloué là-haut sur le calvaire t’aurais-je cru sans puissance ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je loue ta force d’amour manifestée sur la croix où tu t’es laissé clouer.

Amen.

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, février 2026

Vous êtes le sel de la terre !

Je suis un passionné de cuisine et du coup je suis assez fier quand Jésus me dit : Vous êtes le sel de la terre ! (Matthieu 5, 13) Autrement dit : Je vous appelle à être savoureux et à donner au monde un bon goût !

Plus de 30 fois dans la Bible on parle de sel, mais ce n’est pas toujours en bien ! Il est précieux mais il peut être aussi signe de désolation, de stérilité et de malédiction. De fait si on parle de la mer Morte c’est parce qu’elle est d’une salinité extrême, laquelle rend impossible toute forme de vie. Cette symbolique éclate dans l’épisode de la femme de Loth, changée en statue de sel pour avoir désobéi à Dieu (Genèse 19, 26). Un autre exemple, c’est quand Abimélek veut détruire Sichem pour de bon : il y répand du sel (Juges 9, 45).

Du côté positif, le sel est considéré depuis l’Antiquité comme un produit de grande valeur du fait de ses qualités de conservation. Il empêche la corruption et ce condiment symbolise la pérennité, la solidité et la fidélité. Dieu lui-même dans la Bible noue une alliance de sel avec les Israélites (Nombres 18, 19). Le sel a un pouvoir purificateur.

On comprend alors que dans le sermon sur la montagne Jésus lance à la foule : Vous êtes le sel de la terre ! Il exhorte les personnes qui l’écoutent et le suivent à rehausser le goût de la terre et de donner une « saveur » nouvelle à l’humanité ! Comment ? En agissant de telle sorte que ce qui mérite d’être « éternisé » dans le monde ne soit pas corrompu et altéré !

Alors mes ami·es, vous êtes « goûtu·es » en témoignant de Dieu par des paroles qui ne manquent pas de sel (Colossiens 4, 6). Et aussi par des actes de charité quand Jésus nous exhorte : Ayez du sel en vous-même et vivez en paix entre vous ! (Marc 9, 50) Vous humanisez le monde et vous lui donnez un goût qui fait envie !

Alors bon appétit mes chères et mes chers ! Mordez à pleines dents dans cette vie si belle que Dieu nous offre !

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, janvier 2026

Comme moi, vous avez sans doute commencé l’année avec la très mauvaise nouvelle de l’incendie dramatique de Crans-Montana. À l’origine de ce drame, une collection d’irrégularités, de manques de contrôles, de lois non-respectées, des normes de sécurité appliquées à la légère et des imprudences en chaîne qui se soldent par les décès de 40 personnes et 116 blessé·es. Parmi les victimes décédées, la plus âgée était un homme de 39 ans et la moitié étaient des jeunes et des mineur·es de 18 ans et moins !

Dans ces conditions atroces et irresponsables il me semble difficile d’accuser la faute à « pas de chance » ou simplement la fatalité.

Aujourd’hui 160 familles et des milliers d’ami·es, de collègues ou de camarades de classe ou de groupes sportifs sont dans le deuil d’une séparation survenue trop tôt, une déchirure qui n’aurait jamais dû se produire.

En tant que chrétien·nes, un tel drame a de quoi nous questionner et peut-être même ébranler notre foi ! Pourquoi ces personnes ? Pourquoi des victimes si jeunes ? Qu’avaient-elles donc fait de mal pour mériter ça ? Et surtout, cette question qui a peut-être effleuré nos esprits, même si personne n’ose la poser : pourquoi Dieu permet-il tant de malheur et de tristesse ?

Cette question peut sembler bien humaine lorsque le chagrin nous aveugle au point de nous faire perdre nos repères. Je crois que ce sont ces repères et notre discernement de croyant·es que nous devons maintenant retrouver. Je crois que, passé le choc, l’incompréhension, les larmes et le découragement, le rôle de chaque chrétien·ne est de rallumer en soi et pour les autres la petite lumière de l’Espérance ! Cette lumière que Dieu nous donne pour éclairer et guider notre regard et celui des personnes qui nous entourent.

Ne nous laissons pas enfermer dans un drame obscur, aussi douloureux soit-il, mais laissons-nous plutôt habiter par la conviction que Dieu pleure avec nous et ne veut que notre consolation et notre soutien.

Je relis Maurice Zundel ce philosophe, prêtre et théologien suisse et il dit, entre autres, à ce sujet : Dieu ne permet jamais le mal. Il en souffre. Il en est mort. Lorsqu’un malheur survient, Dieu est le premier frappé et il pleure avec nous !

C’est ce Dieu qui souffre avec nous, qui peut entendre nos cris, nos larmes et nos désespoirs. Crions à lui et ouvrons nos cœurs à sa présence à sa douceur et à sa consolation ! Et partageons en Église la douleur et la souffrance par la prière et la présence aimante et attentive pour celles et ceux qui sont touché·es par ces situations trop lourdes à porter seul·e.

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, janvier 2026

Les fêtes de fin d’année sont achevées et notre vie s’ouvre à nouveau sur des temps que l’on appelle ordinaires … Mais en nous brille encore le mystère de la naissance de notre Sauveur et ami Jésus !

C’est pourquoi nous partons, remplis de confiance sur nos routes humaines car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière pour traverser avec courage nos vies quotidiennes. Avant de partir joyeusement sur les chemins de 2026, voici notre prière Seigneur :

Apprends-nous Seigneur à bien user du temps que tu nous donnes pour travailler, et à bien l’employer sans rien en perdre. Apprends-nous à tirer profit des erreurs passées, sans tomber dans le scrupule qui ronge. Apprends-nous à prévoir sans nous tourmenter, à imaginer notre œuvre sans nous désoler si elle jaillit autrement. Apprends-nous à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.

Aide-nous au départ de l’ouvrage, là où nous sommes les plus fragiles ; aide-nous au cœur du labeur à tenir bien serré le fil de l’attention. Et surtout, comble toi-même les vides de notre œuvre :

« Seigneur, dans tout le labeur de nos mains

Laisse une grâce de toi pour parler aux autres

Et un défaut de moi pour me parler à moi-même !

Amen. »

Prière monastique du XIIe siècle !

Bonne année, mes chers frères, mes chères sœurs en Christ !

Pierre-André Schütz