Estavayer-le-Lac, mars 2026

Prisonnier à la barre, dit le grand inquisiteur, on vous accuse d’inciter les gens à enfreindre les lois, les traditions, les coutumes de notre sainte religion. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

On vous accuse aussi de frayer avec les hérétiques, les prostituées, les pécheurs publics, les escroqueurs d’impôts, les conquérants coloniaux de notre pays, bref, avec les excommuniés. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

Finalement, on vous accuse de réviser, corriger, mettre en doute les dogmes sacrés de notre foi. Qu’avez-vous à dire ?

Accusé : Coupable votre honneur !

Quel est votre nom, prisonnier ?

Jésus-Christ, votre honneur !

Et le voici en croix ! Oui, voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !


Oh mon Sauveur !

Me serais-je endormi comme tes amis la nuit où tu priais en tremblant ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux veiller avec mes frères et sœurs angoissé·es.

Ne t’aurais-je plus reconnu soudain, t’aurais-je renié, de peur que l’on me traite en complice ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je te reconnais dans le cœur des êtres humains.

T’aurais-je condamné comme Ponce-Pilate pour plaire à une foule fanatique ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je préfère comprendre que condamner.

Sur le chemin de Golgotha aurais-je porté ta croix comme Simon de Cyrène ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je veux soulager les fardeaux d’autrui.

En te voyant cloué là-haut sur le calvaire t’aurais-je cru sans puissance ?

Je n’en sais rien Seigneur Jésus, mais je sais qu’aujourd’hui je loue ta force d’amour manifestée sur la croix où tu t’es laissé clouer.

Amen.

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, février 2026

Vous êtes le sel de la terre !

Je suis un passionné de cuisine et du coup je suis assez fier quand Jésus me dit : Vous êtes le sel de la terre ! (Matthieu 5, 13) Autrement dit : Je vous appelle à être savoureux et à donner au monde un bon goût !

Plus de 30 fois dans la Bible on parle de sel, mais ce n’est pas toujours en bien ! Il est précieux mais il peut être aussi signe de désolation, de stérilité et de malédiction. De fait si on parle de la mer Morte c’est parce qu’elle est d’une salinité extrême, laquelle rend impossible toute forme de vie. Cette symbolique éclate dans l’épisode de la femme de Loth, changée en statue de sel pour avoir désobéi à Dieu (Genèse 19, 26). Un autre exemple, c’est quand Abimélek veut détruire Sichem pour de bon : il y répand du sel (Juges 9, 45).

Du côté positif, le sel est considéré depuis l’Antiquité comme un produit de grande valeur du fait de ses qualités de conservation. Il empêche la corruption et ce condiment symbolise la pérennité, la solidité et la fidélité. Dieu lui-même dans la Bible noue une alliance de sel avec les Israélites (Nombres 18, 19). Le sel a un pouvoir purificateur.

On comprend alors que dans le sermon sur la montagne Jésus lance à la foule : Vous êtes le sel de la terre ! Il exhorte les personnes qui l’écoutent et le suivent à rehausser le goût de la terre et de donner une « saveur » nouvelle à l’humanité ! Comment ? En agissant de telle sorte que ce qui mérite d’être « éternisé » dans le monde ne soit pas corrompu et altéré !

Alors mes ami·es, vous êtes « goûtu·es » en témoignant de Dieu par des paroles qui ne manquent pas de sel (Colossiens 4, 6). Et aussi par des actes de charité quand Jésus nous exhorte : Ayez du sel en vous-même et vivez en paix entre vous ! (Marc 9, 50) Vous humanisez le monde et vous lui donnez un goût qui fait envie !

Alors bon appétit mes chères et mes chers ! Mordez à pleines dents dans cette vie si belle que Dieu nous offre !

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, janvier 2026

Comme moi, vous avez sans doute commencé l’année avec la très mauvaise nouvelle de l’incendie dramatique de Crans-Montana. À l’origine de ce drame, une collection d’irrégularités, de manques de contrôles, de lois non-respectées, des normes de sécurité appliquées à la légère et des imprudences en chaîne qui se soldent par les décès de 40 personnes et 116 blessé·es. Parmi les victimes décédées, la plus âgée était un homme de 39 ans et la moitié étaient des jeunes et des mineur·es de 18 ans et moins !

Dans ces conditions atroces et irresponsables il me semble difficile d’accuser la faute à « pas de chance » ou simplement la fatalité.

Aujourd’hui 160 familles et des milliers d’ami·es, de collègues ou de camarades de classe ou de groupes sportifs sont dans le deuil d’une séparation survenue trop tôt, une déchirure qui n’aurait jamais dû se produire.

En tant que chrétien·nes, un tel drame a de quoi nous questionner et peut-être même ébranler notre foi ! Pourquoi ces personnes ? Pourquoi des victimes si jeunes ? Qu’avaient-elles donc fait de mal pour mériter ça ? Et surtout, cette question qui a peut-être effleuré nos esprits, même si personne n’ose la poser : pourquoi Dieu permet-il tant de malheur et de tristesse ?

Cette question peut sembler bien humaine lorsque le chagrin nous aveugle au point de nous faire perdre nos repères. Je crois que ce sont ces repères et notre discernement de croyant·es que nous devons maintenant retrouver. Je crois que, passé le choc, l’incompréhension, les larmes et le découragement, le rôle de chaque chrétien·ne est de rallumer en soi et pour les autres la petite lumière de l’Espérance ! Cette lumière que Dieu nous donne pour éclairer et guider notre regard et celui des personnes qui nous entourent.

Ne nous laissons pas enfermer dans un drame obscur, aussi douloureux soit-il, mais laissons-nous plutôt habiter par la conviction que Dieu pleure avec nous et ne veut que notre consolation et notre soutien.

Je relis Maurice Zundel ce philosophe, prêtre et théologien suisse et il dit, entre autres, à ce sujet : Dieu ne permet jamais le mal. Il en souffre. Il en est mort. Lorsqu’un malheur survient, Dieu est le premier frappé et il pleure avec nous !

C’est ce Dieu qui souffre avec nous, qui peut entendre nos cris, nos larmes et nos désespoirs. Crions à lui et ouvrons nos cœurs à sa présence à sa douceur et à sa consolation ! Et partageons en Église la douleur et la souffrance par la prière et la présence aimante et attentive pour celles et ceux qui sont touché·es par ces situations trop lourdes à porter seul·e.

Pierre-André Schütz

Estavayer-le-Lac, janvier 2026

Les fêtes de fin d’année sont achevées et notre vie s’ouvre à nouveau sur des temps que l’on appelle ordinaires … Mais en nous brille encore le mystère de la naissance de notre Sauveur et ami Jésus !

C’est pourquoi nous partons, remplis de confiance sur nos routes humaines car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière pour traverser avec courage nos vies quotidiennes. Avant de partir joyeusement sur les chemins de 2026, voici notre prière Seigneur :

Apprends-nous Seigneur à bien user du temps que tu nous donnes pour travailler, et à bien l’employer sans rien en perdre. Apprends-nous à tirer profit des erreurs passées, sans tomber dans le scrupule qui ronge. Apprends-nous à prévoir sans nous tourmenter, à imaginer notre œuvre sans nous désoler si elle jaillit autrement. Apprends-nous à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.

Aide-nous au départ de l’ouvrage, là où nous sommes les plus fragiles ; aide-nous au cœur du labeur à tenir bien serré le fil de l’attention. Et surtout, comble toi-même les vides de notre œuvre :

« Seigneur, dans tout le labeur de nos mains

Laisse une grâce de toi pour parler aux autres

Et un défaut de moi pour me parler à moi-même !

Amen. »

Prière monastique du XIIe siècle !

Bonne année, mes chers frères, mes chères sœurs en Christ !

Pierre-André Schütz